Tu commandes un sandwich à 6€ chez ton kebab préféré sur Uber Eats. Au moment de payer, c'est 9,80€. Le sandwich, lui, est arrivé tiède. Et le commerçant qui l'a fait ? Il touche 3,90€. La différence — 5,90€ sur ton sandwich initial à 6€ — est partie chez Uber et le coursier. Cet article décompose le mécanisme et propose 5 alternatives concrètes.
Le calcul exact d'une commande Uber Eats
Prenons ton sandwich à 6€ vendu en boutique. Tu commandes via Uber Eats. Décomposition :
Côté commerçant :
- Prix de vente affiché sur Uber Eats : 6€ (parfois gonflé à 7€ pour absorber un peu)
- Commission Uber sur le commerçant : 30% du prix HT = environ 1,80€
- Frais de transaction et autres : 0,30€
- Reste au commerçant : ~3,90€
Côté toi :
- Prix du sandwich : 6€
- Frais de livraison : 2-3€ (variable selon distance)
- Frais de service : 5-10% = environ 0,50€
- Tarif éventuellement majoré sur l'app vs en boutique : +0,50€ à 1€ (caché dans le prix)
- Total payé : 9,80€
Côté coursier :
- Tarif fixe par course : 2,50€-4€ (variable, souvent moins en pratique)
- Pas de couverture sociale, pas de salaire fixe.
Le résumé
Tu paies 9,80€. Le commerçant touche 3,90€. Uber empoche 5,90€. La nourriture est tiède. Le commerçant est sous pression. Le coursier est précarisé.
C'est par design que le système fonctionne comme ça. Pas un bug.
Pourquoi les commerçants restent sur Uber Eats
Parce que ne pas y être est encore pire à court terme. Si ton concurrent direct y est, t'as l'air d'être absent du marché numérique. Tu perds de la visibilité dans les recherches Google "kebab près de moi". Tu perds les clients-presse-bouton.
Les commerçants à qui on a parlé pour cet article (anonymisés) disent tous la même chose : "Uber Eats prend 30%, je ne peux pas augmenter mes prix sans perdre des clients en boutique. Donc je rogne sur les ingrédients ou j'accepte de gagner moins."
Résultat sur la qualité : steaks moins épais, sauces industrielles à la place du maison, portions plus petites. La qualité globale du fast-food parisien a baissé entre 2020 et 2025 — Uber Eats est l'un des principaux responsables.
Le coût caché pour les utilisateurs
Au-delà du surcoût direct (40% en moyenne), il y a 4 coûts cachés :
1. La perte des "vrais prix". Quand tout le monde commande en livraison, plus personne ne sait combien coûte vraiment un kebab en boutique. Les prix de livraison deviennent la référence — et ils sont gonflés.
2. La concentration des commandes sur les "stars". L'algo Uber Eats favorise les enseignes avec le plus de commandes (et qui paient pour leur visibilité). Les petits indépendants tombent dans la 3e page de l'app et meurent doucement.
3. La gentrification accélérée. Les loyers commerciaux augmentent dans les zones où Uber Eats commande beaucoup — parce que les chaînes peuvent payer ces loyers, pas les indépendants.
4. La déconnexion des quartiers. Quand tu commandes au lieu de marcher 5 minutes, tu ne vois plus le commerce. Tu ne croises plus le patron. Le commerce devient un point d'image dans une app, pas un lieu vivant.
Les 5 alternatives concrètes
Alternative 1 — Marche 5 minutes
C'est l'alternative la plus radicale et la plus simple. Le sandwich qui te coûte 9,80€ en livraison te coûte 6€ en boutique. La marche te prend 5-10 minutes. T'économises 3,80€ et tu vois ton quartier.
Le pillar 10e/11e te liste 50+ spots dans cette zone. Probabilité que t'aies un banger à 10 min : ~99%.
Alternative 2 — Commande directement au commerçant
Beaucoup de commerçants ont leur propre numéro. Un appel, ils gardent ta commande prête, tu passes la prendre. Ils touchent 6€ au lieu de 3,90€. Tu paies pareil qu'en boutique. La qualité est meilleure (préparé minute pour ton arrivée).
Alternative 3 — Croq (la solution qu'on construit)
Croq existe précisément pour résoudre ce problème. Découverte communautaire des bons plans, vrais prix vérifiés, aucune commission. Tu trouves ton spot, tu y vas à pied, tu paies le vrai prix. Beta TestFlight printemps 2026, République–Bastille en premier. Inscris-toi pour rejoindre les 250 founding members.
Alternative 4 — Les apps de livraison "éthiques"
Coopcycle, Stuart, CoursiersBordelais etc. sont des plateformes coopératives qui prélèvent moins (10-15% au lieu de 30%) et reversent une partie aux coursiers. Pas encore parfait mais beaucoup mieux qu'Uber Eats. Quelques restaurateurs parisiens du 11e y migrent.
Alternative 5 — Le bon vieux téléphone
Décrocher, appeler, réserver une part de pizza pour 19h. Ça marche encore en 2026. Et ça construit une relation avec le commerçant — il te reconnaîtra la prochaine fois.
Le problème plus large
Uber Eats n'est pas un cas isolé. C'est un symptôme d'un modèle plateforme qui s'installe partout : la plateforme prend une commission élevée pour mettre en relation acheteur et vendeur, sans produire de valeur ajoutée proportionnelle. Airbnb, Deliveroo, Just Eat, Glovo — même logique.
Le résultat structurel : les producteurs perdent en marge, les utilisateurs paient plus cher, et la plateforme capte la valeur. Au passage, les communautés (quartiers, villes) se déconnectent.
Croq fait le pari que certaines fonctions (recommandation, découverte, vérification de prix) n'ont pas besoin de plateforme commerciale. La commu peut le faire pour elle-même, sans intermédiaire qui prend 30%. C'est notre manifeste fondateur.
Que peuvent faire les autorités ?
Plusieurs leviers ont été tentés ailleurs :
1. Plafonner les commissions (comme la loi française "Égalim" pour les restaurateurs). Difficile à appliquer en ligne où Uber peut contourner via la facturation Pays-Bas.
2. Encadrer les conditions des coursiers. Quelques avancées (présomption de salariat). Mais Uber a souvent obtenu des aménagements via lobbying.
3. Soutenir les alternatives coopératives. Quelques villes (Bologne, Bruxelles) testent des subventions. Paris pas encore vraiment.
4. Sensibiliser les utilisateurs. C'est la responsabilité des médias et des gens comme nous. Cet article en fait partie.
La conclusion
Uber Eats n'est pas un service neutre. C'est un transfert de richesse des commerçants et des coursiers vers une plateforme étrangère, financé par une majoration de prix payée par les utilisateurs. Le tout au nom de la "praticité" — qui te coûte 30-40% de surcoût pour un repas tiède.
5 alternatives existent. La plus simple : marche 5 minutes. Si t'es au 10e/11e, t'as forcément un banger à pied. Si t'es ailleurs à Paris, explore notre journal pour trouver le tien.
FAQ
Combien coûte vraiment Uber Eats au commerçant ?
30% du prix HT en commission, plus des frais annexes (transactions, marketing, parfois pénalités). Sur un sandwich à 6€, le commerçant touche en réalité 3,80 à 4€. Sur un menu à 12€, environ 7,80€.
Pourquoi les prix sont-ils plus chers sur Uber Eats qu'en boutique ?
Trois raisons : 1) Certains commerçants gonflent légèrement leurs prix sur l'app pour absorber la commission Uber. 2) Uber ajoute des "frais de service" (5-10%). 3) Les frais de livraison sont à part (2-4€). Total : +30 à 50% par rapport au prix boutique.
Quelle est la meilleure alternative à Uber Eats ?
Marcher dans la majorité des cas — surtout si t'es au 10e/11e où t'as un banger à 5 minutes à pied. Appeler directement le commerçant. Coopcycle pour la livraison éthique quand tu veux vraiment de la livraison. Croq pour la découverte (printemps 2026).
Si je supprime Uber Eats, comment je commande la pizza le dimanche soir ?
Tu vas la chercher (5-10 min de marche), tu téléphones (chez Tony rue de Lancry, ça marche), ou tu utilises Coopcycle. Tu gagnes 3-5€ par commande, tu manges chaud, le commerçant touche 30% de plus.
Pourquoi les commerçants ne quittent-ils pas Uber Eats ?
Parce que c'est devenu une nécessité de visibilité numérique. Sans Uber Eats, ton commerce n'apparaît pas dans les recherches "kebab livraison Paris". Les commerçants y sont par contrainte économique, pas par choix. C'est exactement ce que Croq veut changer.
Comment Croq prévoit-il de fonctionner différemment ?
Aucune commission sur les commandes (parce qu'on n'est pas une plateforme de commande — on est un guide de découverte). On gagne notre vie sur des outils premium opt-in pour les commerçants qui veulent comprendre leur audience. Plus dans notre manifeste.
Conclusion
Uber Eats coûte 3,80€ au commerçant pour 9,80€ payés par toi. C'est un transfert massif de valeur vers une plateforme qui ne produit aucune nourriture. Les alternatives existent — la plus simple, la plus efficace, la plus authentique : marche 5 minutes et va voir le patron en personne.
C'est notre engagement chez Croq : rendre la marche dans le quartier plus attractive que la commande sur app.
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Article publié le 2 juin 2026.